La chronobiologie de vos décisions

Décider n’est pas seulement une affaire d’intelligence ou d’expérience, mais de chronobiologie parce que le moment où vous décidez influence la qualité de vos décisions.

Le principe fondamental : la décision est une ressource limitée

La plupart des modèles managériaux continuent de considérer la décision comme un acte purement rationnel. Or, les recherches en psychologie cognitive montrent un phénomène clé : la fatigue décisionnelle (decision fatigue), popularisée par le psychologue Roy Baumeister.

En effet, chaque décision consomme de l’énergie mentale et cette énergie s’épuise au fil de la journée. Plus la journée avance, plus la qualité des décisions se dégrade. Les conséquences observées sont nombreuses : des arbitrages simplistes ; des biais cognitifs plus impactants ; de la procrastination ou, inversement, des décisions impulsives.

Fort de ce constat scientifique, Jeff Bezos a formalisé une règle simple, mais redoutablement efficace : il prend ses décisions les plus importantes avant 11h du matin et plus aucune décision après 17h si cela peut attendre le lendemain. 

Notre niveau d’énergie mentale est maximal le matin, notre capacité d’analyse est plus fine et notre intuition est plus fiable. Les réunions stratégiques ou à fort impact devraient donc se faire uniquement le matin et les réunions opérationnelles plutôt l’après-midi.

La base scientifique : Notre cerveau n’est pas constant

Notre cerveau fonctionne selon un cycle biologique de 24h qu’on appelle les rythmes circadiens. Ils influencent notre vigilance, notre mémoire, notre capacité d’analyse et la gestion de nos émotions. Pour la majorité des individus (chronotype “matinal ou intermédiaire”), cela donne :

  • Pic cognitif : 8h – 11h
  • Plateau : 11h – 14h
  • Creux : 14h – 16h
  • Second pic léger : 17h – 19h

Cela résulte du fait que le cerveau consomme énormément d’énergie, entre 20% et 25% de l’énergie totale de notre corps. Le matin, les réserves sont pleines et elles nous permettent de prendre des décisions de qualité. Après plusieurs décisions, notre performance  baisse et nous activons nos biais cognitifs plus facilement, c’est-à-dire une simplification cognitive type biais de confirmation, biais d’ancrage, etc.

Shai Danziger, chercheur en psychologie cognitive, a analysé plus de 1 100 décisions de libération conditionnelle rendues par des juges sur une période de dix mois. Les résultats ont montré un phénomène frappant :

  • En début de journée, un prisonnier a environ 65 % de chances d’obtenir sa libération conditionnelle.
  • Juste avant la pause du midi ou en fin de journée, ce taux tombe presque à 0 %.
  • Après une pause ou un repas, le taux remonte brusquement à 65 %.

Nous avons ainsi la confirmation du principe de la fatigue décisionnelle.

Typologie des décisions selon le moment de la journée

Toutes les décisions ne doivent pas être prises au même moment. Le matin, entre 8h et 11h, est un bon moment pour les décisions stratégiques : arbitrages complexes ; décisions irréversibles ; choix à long terme ; décisions à fort impact humain. En fin de matinée et en début d’après-midi vient le temps des décisions opérationnelles : validation de projets ; priorisation ; suivi. L’après-midi, entre 14h et 17h, est réservé aux décisions simples (solution facile à trouver) : tâches administratives ; micro-décisions.

Du matin au soir, nous avons donc 3 séquences : décisions complexes (enjeux collectifs), puis décisions compliquées (expertise, implémentation) et enfin les décisions simples, c’est-à-dire la très grande majorité de nos décisions dans une journée que nous devrions garder pour l’après-midi.

Et le soir, on ne décide plus ? Certaines recherches montrent que la fatigue réduit le contrôle cognitif et que cela peut donc favoriser la créativité. Le soir, nous pouvons donc chercher des idées, mais il serait imprudent de décider !

Les limites et angles morts

Cette approche n’est pas universelle. Tout le monde n’est pas « du matin ». Les chronotypes varient. Certains sont performants le soir et d’autres l’après-midi. Par ailleurs, dans la vraie vie, des réunions imposées. Il y a des urgences ou surtout les fuseaux horaires.

Cependant, cet article montre que nous ne devons pas seulement apprendre à décider. Nous devons aussi apprendre quand décider en fonction de la situation : simple, compliquée ou complexe.

La qualité d’une décision dépend autant de l’état du décideur (sa clarté mentale) que de l’information disponible. Êtes-vous prêt à mettre en œuvre le management de l’énergie cognitive ?


ATTENTION

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Author: Olivier Zara

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