Décideurs, mettez votre inconscient au travail !

Comment utiliser l’autohypnose pour éclairer les décisions complexes et mieux gérer les risques décisionnels ?

Faut-il parfois arrêter de réfléchir pour mieux décider ? Votre inconscient peut-il améliorer vos décisions ? Et si la nuit portait vraiment conseil ?

Dans cet article, le choix a été fait de simplifier cette matière très complexe en écartant toutes les subtilités scientifiques dont raffolent les experts, mais qui n’apportent pas grand-chose aux lecteurs. L’objectif est de ne pas embrouiller les esprits avec des détails techniques ou des précisions à la fois secondaires et sans aucune valeur pédagogique. Attention : cet article ne traite pas de l’hypnothérapie clinique sur des troubles spécifiques, mais de l’hypnose générative (générer des idées, des solutions en tant que manager). Il s’agit d’une pratique simple et puissante sur la prise de décision, que chacun mène seul, sans accompagnement ni matériel particulier.

Qu’est-ce que l’autohypnose ?

C’est un état dans lequel nous ne sommes pas endormis
et nous ne sommes pas éveillés : une sorte de somnolence !

Est-ce que le terme hypnose vous rend méfiant ? Vous fait-il peur ? Vous pensez peut-être à de la manipulation mentale à cause d’une modalité bien connue : l’hypnose de spectacle. Bonne nouvelle, cela n’a rien à voir avec le sujet qui sera traité. Si vous ne craignez pas la méditation qui est très répandue dans les entreprises, alors vous n’aurez pas peur de l’autohypnose. Les deux mobilisent un état de conscience modifié, mais leurs finalités sont opposées.

Oubliez les pendules, le spectacle et l’ésotérisme, vous pratiquez l’autohypnose depuis votre enfance sans le savoir et même plusieurs fois par jour ! Prenons l’exemple des enfants devant la télévision en train de regarder un film passionnant. Comme c’est l’heure du repas, vous vous approchez du canapé et vous leur demandez ce qu’ils veulent manger. Parfois, ils ne vous répondent pas parce qu’ils ne vous voient pas, ils ne vous entendent pas. Ils ne vous ignorent pas volontairement, ils ne vous manquent pas de respect. Ils sont simplement hypnotisés par la télévision comme presque tout le monde aujourd’hui avec les smartphones.

Plus tard dans votre vie, vous vivrez d’autres expériences. Dans la routine des transports en commun, alors même que vous ne lisez pas et que vous ne regardez pas votre smartphone, vous ratez votre station parce que votre esprit est « ailleurs ». Il divague. Vous lisez un livre et arrivé en bas de page ou, à la fin du chapitre, vous ne vous souvenez plus vraiment de ce que vous avez lu. Vous vous promenez et, au bout d’un moment, vous ne vous souvenez plus du chemin que vous avez pris. Vous êtes sous la douche et vous ne savez plus si vous vous êtes lavé la tête.

Vous avez également déjà observé l’autohypnose dans votre entourage. Vous parlez à quelqu’un, il vous regarde droit dans les yeux, mais au bout d’un moment, vous vous apercevez qu’il ne vous écoute pas vraiment. Il a d’ailleurs du mal à vous répéter ce que vous venez de dire parce que vos propos ne l’intéressent pas ou au contraire parce qu’ils sont très inspirants. Votre interlocuteur est parti en autohypnose, probablement sans s’en rendre compte : soyez indulgent ! Vous êtes élève dans un cours soporifique, votre esprit risque de partir ailleurs. Quand on dit d’une personne qu’elle est dans la lune, elle est en réalité dans un état hypnotique spontané. On appelle cela un état de conscience modifié.

Vous trouverez sur Internet des livres ou des articles expliquant différents protocoles d’hypnose provoquée. Avec ces méthodes, vous pourrez passer plus facilement d’une hypnose légère type balade à une hypnose profonde. Cependant, il est possible d’atteindre une autohypnose spontanée profonde en phase d’endormissement et de réveil. Cela demande simplement une pratique régulière et dans la durée.

Comment fonctionne l’autohypnose ?

Pour comprendre l’autohypnose, il faut distinguer deux parties de notre cerveau. Nous avons le cerveau rationnel (néocortex), siège de la conscience, qui a pour mission de gérer nos interactions avec le monde extérieur. De son côté, le cerveau émotionnel (limbique), siège de notre inconscient / subconscient, s’occupe de notre monde intérieur.

Le cerveau rationnel va s’endormir ou se reposer quand nous ne sommes plus en interaction avec le monde extérieur. Nous ouvrons alors un espace-temps à notre cerveau émotionnel. Cela se produit au moment où nous nous déconnectons du monde extérieur en regardant un film, en faisant une balade ou les yeux dans le vide dans le métro. Nous ne sommes ni éveillés ni endormis, mais l’autohypnose est légère. Cela peut être suffisant pour des décisions de faible complexité, comme gérer un conflit au sein de son équipe (management opérationnel). Cependant, nous entrons en autohypnose plus facilement, plus longuement et plus profondément dans les phases d’endormissement et de réveil, appelées états hypnopompiques (au réveil) ou hypnagogiques (avant de s’endormir). Nombre d’inventeurs et de créateurs, d’Edison à Dali, ont volontairement exploité cette phase pour capter des idées inaccessibles en pleine journée. Ces phases sont plus adaptées au traitement de sujets complexes (enjeux collectifs).

L’autohypnose permet de mettre au repos « forcé » notre cerveau rationnel pour entrer en communication avec notre cerveau émotionnel. Pratiquer l’autohypnose, c’est savoir communiquer en pleine autonomie avec son cerveau émotionnel et ainsi accéder à l’intégralité de son cerveau, et non uniquement à la partie rationnelle.

Je pense qu’on devrait tous se former et a minima s’initier à l’autohypnose pour développer notre ingéniosité en mobilisant le plein potentiel de notre cerveau au lieu d’en utiliser seulement la moitié, c’est-à-dire la partie consciente.

Point d’hypnose sans intention

L’autohypnose ne sert à rien, ne produit rien si nous n’avons pas un objectif, un problème à régler, une intention. La bonne nouvelle est que nous pratiquons tous l’autohypnose sans le savoir, environ 4 à 6 fois par jour. La mauvaise nouvelle est que nous le faisons très souvent sans intention, donc sans résultat. Il ne s’agit pas d’organiser dans votre agenda une séance d’autohypnose, mais de déposer une intention au moment où vous l’êtes.

  1. Avant –Juste avant de vous endormir, de sortir marcher ou d’entrer sous la douche, formulez clairement, mentalement ou à voix basse, la question précise que vous voulez éclairer. Non pas « Je dois réfléchir au projet X », mais une question précise : « Quelle est la vraie raison qui bloque cette négociation ? », « Qu’est-ce que je n’ai pas encore vu dans ce dossier ? ». La précision de la question conditionne la qualité de ce qui va en émerger.
  2. Pendant – Vous ne faites rien de plus. Vous laissez l’endormissement s’installer, la marche se dérouler, l’eau couler. Vous ne cherchez surtout pas la réponse, sinon vous réactivez l’analyse consciente et cela referme la fenêtre. Vous avez posé la question, puis vous laissez faire.
  3. Après – Une idée, une image, une formulation peuvent surgir pendant le moment lui-même ou dans les minutes qui suivent. Elles sont toujours fugaces. Il faut donc avoir à portée de main un carnet, une note vocale, trois mots tapés sur le téléphone pour les fixer avant qu’elles ne se dissolvent dans l’agenda de la journée.

C’est tout ! Vous n’avez rien à apprendre, rien à ajouter à votre journée : seulement une intention posée en amont d’un moment qui existe déjà.

Deux mécanismes expliquent l’intérêt de la pratique pour un décideur :

  1. Un traitement de l’information plus large : la réflexion consciente est séquentielle et limitée en capacité. Le traitement non conscient mobilise davantage de données, de souvenirs et de signaux faibles en parallèle. Déposer une intention avant une phase de conscience modifiée permet de donner accès à une capacité de traitement plus large sur la question posée.
  2. L’effet d’incubation : la science de la créativité a largement montré qu’une part significative des idées décisives n’arrive pas pendant l’effort de réflexion, mais après, quand l’attention s’est détournée du problème. S’éloigner volontairement d’un dossier, avec une intention posée, n’est donc pas une pause improductive, mais une phase active du travail de décision. Pour cette raison, on dit que la nuit porte conseil. En réalité, nous devrions dire que l’autohypnose porte conseil !

Rien de tout cela ne remplace l’analyse rigoureuse, les données, la confrontation des points de vue en mode intelligence collective. L’autohypnose n’est pas une méthode de décision autonome, mais une phase générative qui précède et nourrit le travail de réflexion. Elle ouvre des pistes. L’analyse et la réflexion collective les valident ensuite.

Il vous suffit donc de définir une intention pour valoriser (rentabiliser) tout le potentiel d’un état de conscience modifié. Si vous ne souhaitez pas lire des livres sur le sujet ou utiliser les services d’un hypnotiseur pour mettre en œuvre des protocoles spécifiques, c’est-à-dire une hypnose provoquée, vous avez des options très simples pour obtenir une hypnose spontanée : l’endormissement (état hypnagogique), le réveil (état hypnopompique), une balade, une douche ou la sieste, mais sans dormir (micro-sieste).

Vous serez peut-être surpris qu’une balade à pied ou à vélo soit l’occasion d’un état de conscience modifié. Il est certain que, si vous faites cela en ville au milieu de trottinettes et de voitures, cela ne fonctionnera pas. Il faut marcher dans un environnement exempt d’obstacles complexes pour éviter d’activer les systèmes d’alerte et de survie, ce qui inhiberait le vagabondage mental recherché. Il faut marcher dans un endroit calme, sans obstacle et sans se poser de questions sur la trajectoire. Dans ce cas, vous découvrirez que, lorsque nous bougeons, notre activité cérébrale augmente. Assis, notre cerveau s’éteint pour économiser son énergie. Il considère qu’immobile, il n’y a plus de menaces ou d’opportunités alors qu’en mouvement, notre cerveau se tient prêt à faire face au danger (un lion) ou à une opportunité (nourriture). Notre corps est conçu pour trouver des solutions en mouvement. Dans un article du New York Times d’octobre 2023, le professeur Glenn Gaesser de l’Université d’Arizona State constate que « l’excitation physique et mentale qui a lieu lorsque les gens quittent la position assise améliore leur concentration, leur mémoire et leurs capacités cognitives ». D’après une étude du Dr Charles Hillman de l’université de l’Illinois auprès d’un groupe d’enfants, après une activité physique, les enfants sont plus performants en lecture, orthographe et mathématiques. Vous comprenez maintenant toute l’importance d’une balade pour résoudre des problèmes : fais une marche avec un problème, assieds-toi avec une solution !

« Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore. » Jean Giono

En résumé, la position assise prolongée, caractéristique du travail tertiaire de bureau, induit donc un état d’économie d’énergie où le cerveau tend à abaisser son niveau d’éveil global, considérant l’absence de mouvement comme une absence d’opportunités ou de menaces nécessitant une vigilance adaptative. Une étude menée à l’Université de Stanford en 2014 par les chercheurs Marily Oppezzo et Daniel Schwartz a mesuré l’impact de la marche sur le potentiel créatif. Leurs résultats démontrent que l’acte de marcher augmente la créativité et la production d’idées divergentes de 60 % en moyenne par rapport à la position assise.

Atteindre l’excellence décisionnelle grâce à l’autohypnose ?

Les décideurs consacrent beaucoup de temps à chercher de meilleures informations, de meilleurs outils d’analyse et de meilleures méthodes de décision. C’est indispensable. Mais ils négligent souvent un autre facteur : l’état mental dans lequel ils examinent le problème.

On peut disposer de données fiables, d’une solide expérience et d’une méthode rigoureuse, tout en prenant une mauvaise décision parce que l’on est stressé, pressé, irrité, obsédé par une solution ou prisonnier d’une représentation trop étroite de la situation. La qualité d’une décision dépend donc de la manière de raisonner, mais aussi de notre capacité à modifier momentanément notre état mental. C’est ce que peut apporter l’autohypnose. Pour un décideur, son intérêt est de créer un espace mental dans lequel le problème peut être regardé autrement.

Pour cela, le décideur n’a pas besoin de fabriquer un état de conscience modifié. Il lui suffit d’apprendre à reconnaître les moments qui existent déjà dans sa journée et à leur ajouter une intention. Pour rappel, nous avons déjà mentionné ces moments qui existent déjà : l’endormissement, le réveil, une balade, une douche ou la sieste, mais sans dormir (micro-sieste). Une phase de conscience modifiée orientée par une question devient un espace de travail intérieur. Il faut simplement évaluer le niveau de complexité de la décision pour choisir le moment le plus adapté (cf. hypnose légère ou profonde déjà mentionnée).

Cette intention ne doit pas prendre la forme d’un ordre autoritaire adressé à son propre cerveau : « Je dois absolument trouver la solution avant demain matin. » Il s’agit plutôt de déposer une question ouverte : « Ai-je bien analysé la situation ? » ; « Quelles sont les solutions possibles ? ».

L’objectif n’est pas d’exiger une réponse immédiate, mais de donner une direction à l’activité mentale qui va suivre. On ne commande pas à son esprit de produire une révélation. On lui confie un dossier, c’est-à-dire tout l’inverse de la méditation de pleine conscience, dans la forme la plus répandue aujourd’hui dans les entreprises, qui invite à observer les pensées, les émotions et les sensations présentes sans jugement et sans chercher immédiatement à les modifier. La méditation aide à ne pas être emporté par ses pensées. L’autohypnose part du même état de détente mentale, mais y superpose une intention qui transforme un moment de calme en espace de clarification. La méditation cultive la présence tandis que l’autohypnose utilise cette présence pour éclairer une décision.

Vous pouvez utiliser l’autohypnose pour prendre du recul, explorer une possibilité, laisser émerger une nouvelle compréhension d’une situation. Voici quelques exemples plus détaillés :

1. Clarifier une décision stratégique

Le manager hésite entre plusieurs orientations : lancer une offre, arrêter un projet, changer de fournisseur, investir ou attendre.

Intention possible :

« Qu’est-ce que je ne vois pas encore dans cette décision ? »

L’intérêt est de desserrer le cadre initial et de faire émerger un critère oublié, une conséquence indirecte ou une troisième option.

2. Dépasser une décision binaire

Le manager pense devoir choisir entre A et B : centraliser ou décentraliser, recruter ou sous-traiter, accélérer ou sécuriser.

Intention possible :

« Quelle solution permettrait de sortir de cette opposition ? »

L’autohypnose peut stimuler une pensée plus associative et faire apparaître une solution hybride.

3. Identifier le véritable problème

Un dysfonctionnement est présenté comme un problème d’organisation, de budget ou de compétence, alors que sa cause réelle est peut-être relationnelle, politique ou culturelle.

Intention possible :

« Si le problème apparent n’était pas le vrai problème, quel serait-il ? »

Ce cas est particulièrement utile lorsque les mêmes solutions sont tentées sans résultat. Un dirigeant peut affirmer qu’il hésite entre deux stratégies pour des raisons financières alors que son véritable conflit porte sur autre chose : la peur de perdre le contrôle, la fidélité à une équipe, le besoin de préserver son image ou la difficulté à renoncer à un investissement antérieur.

Réduire l’impact des émotions négatives

Dans toutes ces situations, l’autohypnose vous permettra de réduire l’impact des émotions négatives. L’autohypnose ne supprime pas magiquement ces émotions. Elle peut néanmoins contribuer à créer un état de détente et d’attention focalisée dans lequel le discernement est amélioré et l’émotion devient moins envahissante. Elle améliore le terrain sur lequel la réponse sera construite.

Face à un problème complexe, nous avons tendance à intensifier l’effort : relire les documents, multiplier les réunions, construire un nouveau tableau, ajouter des critères ou solliciter un avis supplémentaire. Cette persévérance est parfois utile. Mais, elle peut également enfermer le décideur dans le même cadre de pensée. Plus il réfléchit, plus il approfondit le sillon qu’il a déjà creusé. Cependant, certaines solutions apparaissent lorsque l’attention cesse de poursuivre directement le problème. Le cerveau peut alors rapprocher des informations éloignées, réorganiser les éléments de la situation ou produire des associations moins conventionnelles. Il va favoriser le questionnement du problème (Problem Questioning). En résumé, l’autohypnose ne cherche pas à réfléchir plus fort, mais à changer la manière dont le problème est mentalement traité.

Ces résultats ne signifient pas que toutes les décisions devraient être prises entre deux bâillements. Ils montrent plutôt que la frontière entre l’éveil et le sommeil constitue un état mental particulier, potentiellement favorable à certaines formes d’association et de restructuration des problèmes.

Le soir, une intention peut être déposée avant de s’endormir, sans obligation de résultat. Le matin, les premières images, impressions ou formulations peuvent être accueillies avant que l’agenda, les notifications et les urgences ne reprennent possession de l’attention.

Répéter mentalement une décision avant de l’exécuter

L’autohypnose peut également servir à simuler intérieurement les conséquences d’une option. Il ne s’agit pas de prédire l’avenir, mais de se représenter une situation avec davantage de richesse : annoncer une décision difficile, conduire une négociation, refuser une proposition, changer d’orientation, recruter une personne ou mettre fin à un projet.

Cette projection permet d’observer les réactions émotionnelles et corporelles qui apparaissent. Certaines réactions constituent des biais ou des peurs qu’il faudra dépasser. D’autres signalent une incohérence, une conséquence négligée ou un enjeu relationnel insuffisamment traité. L’intérêt n’est donc pas d’obéir aveuglément à son ressenti. Il est de l’ajouter au dossier de décision.

S’entraîner avec les décisions personnelles

L’utilisation de l’autohypnose dans les décisions personnelles constitue un excellent terrain d’apprentissage. Les enjeux y sont souvent plus accessibles et le retour d’expérience plus rapide. Par exemple :

  • Clarifier ce que l’on souhaite dire à un proche ;
  • Comprendre pourquoi une décision est continuellement repoussée ;
  • Explorer une difficulté relationnelle ;
  • Prendre du recul sur une réaction émotionnelle.

Notre vie personnelle est un magnifique espace d’entraînement pour développer une compétence professionnelle. Comme nous l’avons mentionné, l’autohypnose ne remplace ni les données, ni l’expertise, ni la confrontation des points de vue, ni l’analyse des risques. Elle ne protège pas efficacement contre tous les biais cognitifs, mais peut limiter temporairement leur impact. En effet, une personne peut parfaitement utiliser un état de conscience modifiée pour renforcer une croyance erronée ou consolider la solution qu’elle préférait déjà.

C’est pourquoi une idée apparue en autohypnose doit retrouver le chemin de la pensée critique. Elle doit pouvoir être confrontée aux faits, aux objections, aux personnes concernées et aux conséquences prévisibles. Pour un décideur, le bon processus décisionnel serait :

  1. Une analyse pour décrire le problème
  2. L’autohypnose pour desserrer le cadre et faire émerger de nouvelles possibilités
  3. La réflexion individuelle et collective pour valider l’intuition

Notre esprit est un multivers, nous avons besoin d’un dialogue intérieur !

Chaque individu pense être un tout cohérent. Nous disons « Je », mais, en réalité, nous sommes des êtres multiples. On peut le démontrer à travers les conflits intérieurs. Un soir, vous vous dites : « Demain, je me lève tôt pour faire du sport ». Mais, quand le réveil sonne le lendemain matin, vous restez finalement au lit parce que ce n’est pas le même « moi » qui a décidé d’aller faire du sport la veille et celui qui décide de rester au lit le lendemain ! Ainsi, nous sommes plusieurs personnes à l’intérieur de nous-même sans pour autant souffrir de schizophrénie. Les différentes parties de nous-même prennent le contrôle à tour de rôle et il arrive que chacune ait des besoins différents. Cela va donc créer des conflits intérieurs : faire du sport et rester au lit.

Une partie de vous cherche la sécurité quand l’autre voudrait prendre des risques. Vous vous comportez parfois en enfant (faire une bêtise) et parfois en adulte (être responsable) selon les principes décrits dans l’analyse transactionnelle. Vous avez besoin de cadre et aussi de liberté. Vous aimez quand tout est bien rangé et parfois vous laissez le désordre s’installer. Notre esprit ressemble donc à un multivers, un espace fait de mondes parallèles. Si nous prenons le cadre de référence du MBTI, nous pourrions dire que nous avons au moins 16 univers parallèles en nous, que nous activons plus ou moins selon le contexte. Notre profil MBTI est alors notre univers préféré, celui où nous aimons passer le plus de temps !

Nous retrouvons ce multivers dans la prise de décision. Nous désirons changer consciemment, mais nous ressentons une résistance inconsciente. La raison est simple. Nos parties, le conscient et l’inconscient ou l’enfant et l’adulte, fonctionnent parfois dans une bonne harmonie, mais elles peuvent aussi s’opposer. Dans ce cas, vous pourriez utiliser l’autohypnose pour organiser une rencontre entre les parties qui s’opposent et provoquer un dialogue intérieur. L’objectif est de comprendre les intentions des 2 parties et de chercher des solutions comme on le fait dans n’importe quel conflit.

En conclusion

La culture managériale valorise l’action, la vitesse, la concentration et la maîtrise. Elle valorise beaucoup moins les moments de retrait, de flottement ou de rêverie. Pourtant, lorsqu’un décideur reste en permanence concentré sur ses objectifs, ses tableaux de bord et ses urgences, il risque de devenir très efficace à l’intérieur d’une représentation devenue trop étroite. Certaines décisions exigent davantage d’analyse (management opérationnel). D’autres exigent d’abord un changement d’état mental (enjeux collectifs, sujets complexes, problèmes relationnels parce que l’humain est complexe).

L’autohypnose offre alors une possibilité simple : profiter d’un moment naturel et quotidien, comme l’endormissement, le réveil, une marche, une douche ou une micro-sieste, pour confier une intention à son esprit, puis cesser momentanément de le contraindre. Il ne s’agit pas de renoncer à la rationalité. Il s’agit de reconnaître que l’intelligence humaine ne travaille pas uniquement lorsque nous lui ordonnons de travailler. Le décideur éclairé n’est pas celui qui attend passivement que la solution lui tombe du ciel. C’est celui qui sait alterner les modes de pensée : concentration et relâchement, analyse et incubation, raisonnement et imagination, intuition et vérification.

En résumé

Vous n’avez rien à apprendre, rien à programmer, rien à ajouter à votre agenda déjà saturé. Vous disposez chaque jour de plusieurs moments où votre conscience se relâche naturellement. La seule chose qui les sépare d’un outil de décision, c’est une intention posée quelques secondes avant d’y entrer. Essayez ce soir, en vous endormant, ou demain matin, sous la douche.

L’autohypnose n’est ni une technique complexe ni une approche ésotérique. Elle ne demande pas de « croire » à quoi que ce soit. Elle s’appuie sur des états que tout le monde connaît déjà et sur une action minimale : formuler une intention claire. Elle ne remplace ni l’analyse, ni les données, ni le conseil d’experts. Elle améliore simplement la qualité de l’espace mental dans lequel ces éléments sont traités.

Dans un monde où les décideurs sont constamment sollicités, prendre chaque jour quelques minutes de clarté intentionnelle et de discernement n’est pas un luxe.


J’espère que cet article vous a hypnotisé en vous donnant de l’inspiration ! Qu’allez-vous faire ce soir en vous couchant ? Une petite séance d’autohypnose ?

Les contenus de cet article sont en partie copiés-collés de certains chapitres de mes livres : Rêv-olution & Le sage et le singe. Ces livres concernent notre vie personnelle et la gestion de notre carrière. Cet article fait une mise en perspective sur la prise de décision en tant que manager.

Je rappelle que tout le monde pratique l’autohypnose tous les jours, mais sans intention, donc sans résultat. Pour cela, il faudrait d’abord avoir conscience qu’on pratique l’autohypnose tous les jours ! L’objectif de cet article est de créer cette prise de conscience.


BONUS : Codev et autohypnose

Je profite de la fin de cet article pour vous révéler un grand secret que je gardais jalousement pour moi. Je pratique le Codev depuis 1999 et je suis à chaque fois surpris par sa puissance et son taux de réussite de 100%. Je sais que cela fait marketing frauduleux, mais c’est vrai ! Pourtant, il s’agit simplement de présenter un problème, de faire des tours de table de questions (Problem Questioning), puis d’obtenir des réponses à toutes les questions et enfin d’apporter des solutions (Problem-Solving).

Ce qui est unique par rapport à toutes les autres méthodes d’animation de réunion est le Problem Questioning. La beauté d’une question est qu’elle ne suscite pas de controverse. Elle est au contraire inspirante en me donnant une idée ou en me faisant sortir de mon cadre mental. Ainsi, après 27 années de pratique de cette approche, j’ai l’intuition que les tours de table de questions créent progressivement une autohypnose collective. Plus l’étape de questionnement dure longtemps, plus il y a de questions, plus l’hypnose collective devient profonde. La qualité des solutions proposées ensuite est la conséquence directe de cette mise en état de conscience modifié grâce aux questions. Rappelez-vous que l’autohypnose démarre avec une question, pas un ordre. Le CODEV me semblait magique jusqu’au jour où j’ai compris cela.

Mon observation empirique rejoint les travaux académiques sur l’innovation organisationnelle et le comportement organisationnel du professeur Hal Gregersen, chercheur au MIT et à l’INSEAD. Gregersen a mis en évidence que la clé de l’innovation de rupture ne résidait pas dans la formulation de réponses immédiates, mais dans la capacité à poser des questions fondamentalement nouvelles, un processus qu’il nomme le “Questionnement Catalytique” (Catalytic Questioning).

Si vous n’êtes pas convaincus par le contenu de cet article sur l’autohypnose, il vous reste l’architecture des décisions complexes présentée dans mon livre : Décideurs, êtes-vous bons ou chanceuxhttps://amzn.to/3VSvACe


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AVIS DE NAISSANCE IMMINENTE

Je profite de cet article pour vous annoncer le lancement en septembre ou octobre d’un nouveau blog qui sera composé de courtes vidéos sur le thème de l’intelligence artificielle et de l’intelligence collective : Les minutes du décideur éclairé. Certains lecteurs m’ont demandé des livres audio, ce sera encore mieux !

Le site est toujours en construction, abonnez-vous pour recevoir les premières vidéos : https://olivierzara.com/abonnement/

Author: Olivier Zara

https://www.linkedin.com/in/olivierzara/

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