IA & impacts RSE

Est-ce que vos enfants vous reprochent d’utiliser l’IA générative parce que cela contribue au changement climatique ? Êtes-vous accusé de faire perdre à la planète un demi-litre d’eau pour chacun de vos prompts ? Si vous vous sentez coupable, cet article a été écrit pour vous. Nous allons répondre à cette question existentielle : est-ce que ce qui est bon pour le manager est mauvais pour la planète ?

Une mise en perspective s’impose…

Certains s’inquiètent de l’impact environnemental de l’IA (électricité, eau), quand d’autres s’inquiètent de son impact social en mentionnant les petites mains sous-payées pour faire du Data Labeling & Annotation (étiquetage de données). Cependant, l’IA est un vrai booster de l’innovation dans de multiples domaines. Elle permet de modéliser, simuler, anticiper et, surtout, elle facilite la co-construction en augmentant les capacités cognitives humaines dans les processus de réflexion sur des sujets complexes.

Certes, l’IA engendre des externalités négatives sur l’eau, mais elle engendre aussi des externalités positives. En effet, l’IA est aujourd’hui l’outil le plus efficace pour optimiser la gestion de l’eau à grande échelle. Elle permet la détection de fuites dans les réseaux urbains où nous perdons en moyenne 20 % à 30 % de l’eau potable à cause des fuites. Des algorithmes d’IA analysent les capteurs de pression pour repérer ces fuites en temps réel et économisent des milliards de litres, bien plus que ce que les serveurs consomment.

L’IA permet également une agriculture de précision avec un arrosage des cultures au litre près, uniquement quand c’est nécessaire, réduisant la consommation agricole d’eau, qui représente 70 % de la consommation d’eau mondiale.

Les nouveaux centres de données passent massivement au refroidissement en circuit fermé ou à l’immersion. Dans ces systèmes, l’eau tourne en boucle et ne s’évapore plus.

Des entreprises comme Insilico Medicine ou BenevolentAI utilisent des modèles génératifs pour concevoir de nouvelles molécules thérapeutiques. L’IA explore des milliards de combinaisons chimiques et propose des structures inédites que les chercheurs n’auraient peut-être jamais envisagées seuls.

Les modèles d’IA développés par Siemens permettent de concevoir automatiquement des pièces industrielles optimisées pour la légèreté, la solidité et la consommation énergétique. L’IA propose des formes biologiquement inspirées, souvent contre-intuitives pour l’esprit humain. Elle peut donc permettre de réduire l’empreinte carbone des objets produits.

Des plateformes comme Squirrel AI ou Khanmigo (Khan Academy) utilisent des IA pour adapter dynamiquement les contenus pédagogiques au niveau, au rythme et au style cognitif de chaque élève. Cela permet un accompagnement individualisé à grande échelle. Ainsi, nous démocratisons l’accès à une éducation sur-mesure, avec un potentiel particulièrement intéressant pour les environnements sous-dotés en enseignants. Certes, l’IA est utilisée par certains étudiants pour frauder sur leurs devoirs, mais elle peut aussi être utilisée pour apprendre et devenir un tuteur disponible 24/24 !

Des IA comme celles développées par Bloomberg ou OpenAI sont utilisées pour simuler l’impact de décisions économiques, anticiper des crises ou recommander des stratégies d’investissement responsables. Ainsi, nous avons une meilleure gestion des risques systémiques et une intégration automatisée de critères ESG – Environmental, Social, and Governance.

L’IA générative est utilisée dans des projets d’urbanisme durable pour générer des plans de villes ou de quartiers optimisés selon des critères énergétiques, climatiques et sociaux. Nous pouvons citer les initiatives de Dassault Systèmes avec leur « Virtual Twin of the Earth ». Ces IA croisent des données environnementales, sociales, économiques pour proposer des agencements urbains réduisant les émissions de CO₂, optimisant la circulation, la ventilation naturelle ou encore l’accès à la verdure. À Helsinki, l’usage de cette technologie a permis de réduire les retards de bus de 15 % et de baisser les émissions globales de 20 % dans les zones pilotes.

En résumé, l’impact environnemental de l’IA générative est réel, mais…

LE DERNIER SERVICE NUMÉRIQUE ARRIVÉ NE DOIT
PAS FORCÉMENT ÊTRE LE PREMIER À DISPARAÎTRE.

Si nous devions vraiment réduire nos usages de certains services numériques pour sauver la planète, il semblerait plus prudent :

  • De réduire FORTEMENT les services de vidéos en ligne (Netflix ou YouTube), dont environ 20 % du flux total concerne le porno.
  • De limiter l’usage ou d’augmenter fortement le coût du stockage dans le Cloud des milliards de photos souvenirs, en particulier celle de votre assiette dans un restaurant hier soir, et des photos qu’on prend en rafale parce que cela ne coûte rien, pour capturer des choses parfois insignifiantes, qui sont si nombreuses sur nos disques durs que nous les stockons avec une probabilité de 99% de n’avoir ni la disponibilité, ni l’envie de les revoir un jour. Il s’agit d’une « pollution dormante », c’est-à-dire le stockage passif de données inutiles qui consomme de l’énergie en continu pour refroidir des disques durs que personne ne sollicitera jamais. Il est fini le temps des 4 albums photos sur papier rangés sur une étagère où chaque photo impliquait un coût de développement (pellicule). Nous sommes dans un paradoxe. Nous prenions le temps de regarder ces albums de temps en temps parce que les photos sont peu nombreuses et que ces albums sont visibles sur nos étagères. Maintenant, nous avons mille fois plus de photos, si nombreuses qu’il faudrait des jours pour les regarder et comme elles sont cachées dans un répertoire de notre ordinateur : loin des yeux, loin du cœur ! Trop de photos, cachées, mais stockées et donc polluant la planète chaque seconde pour rien.

Nous vous proposons une liste non exhaustive de pistes pour réduire nos empreintes numériques sans compromettre l’IA générative, un formidable outil pour innover et augmenter nos capacités cognitives dans un processus d’architecture des décisions complexes.

Cet article ne vise pas à démontrer que l’IA n’a pas d’impacts sociaux ou environnementaux, mais à lancer une réflexion globale sur les services numériques et leurs usages, comme la photo de son assiette qu’on va ensuite stocker sur le Cloud et qu’on ne regardera plus jamais. En finance, on appelle cela le BBZ, le budget base zéro. On remet tout à plat et on réfléchit !

Dans cette réflexion, nous pourrions bien sûr interroger les usages de l’IA comme nous pourrions le faire pour le pétrole. Nous devrions distinguer l’usage du pétrole qui a un impact social positif, comme le transport de la nourriture et celui qui n’en a pas comme un weekend à Lisbonne. De même, nous pourrions bloquer les requêtes triviales sur ChatGPT, comme celles pour trouver les recettes de cuisine, alors qu’un moteur de recherche classique nous donnerait un résultat équivalent.

Malheureusement, au lieu de la réflexion (la raison), nous sommes dans l’émotion (la peur). L’IA générative est devenue LE bouc émissaire du numérique irresponsable. Pourtant, une grande partie de nos usages numériques actuels sont beaucoup plus irresponsables, mais ne soulèvent pas autant d’indignation uniquement parce qu’ils sont plus anciens et que nous avons pris nos habitudes. Nous sommes ainsi victimes du biais de statu quo.

Bien sûr, l’IA pose de nombreux problèmes sociaux et climatiques, tels que les fake news, l’eau et le carbone. Il serait absurde de les minimiser. Ces problèmes doivent être traités. De même, les impacts sociaux sur les petites mains sont recevables. Cependant, ce sont ces mêmes petites mains qui font nos vêtements et des objets à bas prix que nous achetons en masse en fermant les yeux sur les conditions de travail qui ont rendu possible ce prix. L’indignation à géométrie variable n’est pas acceptable dans un raisonnement sur l’IA à partir du moment où les protestations s’arrêtent là où commence la protection de mes intérêts : mon pouvoir d’achat. Nous aurions là aussi besoin d’un BBZ social !

Nous vous proposons donc une analogie entre l’IA et une voiture, deux outils qui peuvent être utiles et dangereux selon l’usage que l’on en fait. Nous sommes probablement tous d’accord sur l’importance d’avoir son permis avant de pouvoir conduire une voiture. Dans cette analogie, le problème est que de nombreuses personnes s’attaquent à la voiture en mode panique au lieu de s’attaquer au permis. Le permis est le problème, pas la voiture. Les usages sont le problème, pas l’IA.

Mauvais pour la planète, on arrête ?

Malgré les arguments présentés ci-dessus, consciente des enjeux climatiques (eau, énergie), votre entreprise pourrait renoncer à l’usage de l’IA. Votre pays pourrait songer également à limiter au maximum l’usage de l’IA avec de nombreuses réglementations. Quelles seraient les conséquences possibles de cette décision (positives et négatives) ? Est-ce que vos concurrents renonceraient eux aussi ou, au contraire, se frotteraient les mains à la perspective de gains de productivité et de compétitivité supérieurs aux vôtres ?

Au niveau des conséquences pour votre pays, pensez-vous que la Chine ou les États-Unis renonceront également ou, au contraire, se frotteront les mains parce que votre pays sera incapable de rattraper le retard et perdra sa souveraineté numérique ? Si votre entreprise disparaît au profit de concurrents étrangers, quel est le bénéfice pour la planète ? Toutes ces questions ne veulent pas dire qu’il ne faut rien faire, mais qu’il faut réfléchir avant d’agir.

Le côté obscur du renoncement pour votre entreprise

  • Sans IA, vous risquez de créer un handicap structurel pour votre entreprise au profit de vos concurrents avec le risque d’erreur humaine accrue parce que l’IA excelle pour repérer les anomalies que l’œil humain fatigue à voir, par exemple en comptabilité ou dans le domaine du contrôle qualité.
  • Sans IA, votre entreprise aura moins d’optimisation logistique, moins d’efficacité énergétique, moins de pilotage fin des ressources. Vous pourriez consommer plus, et non moins. Vous regarderez le train de la sobriété passer devant vous.
  • Vous freinez l’innovation parce que l’IA devient un levier transversal en termes de R&D, marketing, RH ou approvisionnements.
  • Vous maintenez la surcharge des collaborateurs sur des tâches répétitives à faible valeur ajoutée, avec un risque d’épuisement professionnel accru.
  • Vous agissez sur votre usage de l’IA, pas sur sa production. Les centres de données ne disparaissent pas.
  • Vous créez un nouveau risque RH parce que votre renoncement risque de créer la frustration des talents, des difficultés à recruter (retour à l’âge de pierre technologique nuisant à votre marque employeur), des contournements informels (Shadow AI) parce qu’une règle trop rigide crée presque toujours des pratiques clandestines.

« Les entreprises qui ignorent l’IA aujourd’hui seront les entreprises qui n’existeront plus demain. » Jensen Huang, PDG de NVIDIA

Le côté obscur du renoncement pour votre pays

  • Sans IA, votre pays risque de prendre le chemin du décrochage économique et technologique, car l’IA est un levier de souveraineté. Si trop d’acteurs renoncent, vous risquez une perte de compétitivité nationale et une dépendance accrue à d’autres pays, tels que les États-Unis ou la Chine. Une baisse de productivité globale peut se traduire par moins de croissance et donc moins de recettes fiscales pour les services publics.
  • Il y aura moins d’optimisation à grande échelle, car l’IA permet d’optimiser les réseaux énergétiques, de réduire les déchets et d’améliorer les politiques publiques. Rejeter l’IA, c’est renoncer à ces gains systémiques.
  • Votre pays envoie un signal ambigu, car ce geste de renoncement peut être interprété comme du courage écologique ou le refus du progrès qui sera sanctionné par les marchés au niveau mondial.

Au niveau d’un pays, l’enjeu environnemental du numérique concerne davantage la fabrication des terminaux, les infrastructures physiques et le mix énergétique des centres de données que l’usage logiciel de l’IA.

Un pays qui renonce à l’IA ne sauve pas l’eau de la planète. Il transfère simplement sa capacité d’innovation vers des régions moins régulées, perdant ainsi tout levier d’influence sur les standards RSE futurs.

Le côté obscur du renoncement pour la planète

  • Le renoncement de votre entreprise ou de votre pays ne changera pas la trajectoire mondiale, car les grands acteurs continueront (Google, Microsoft, OpenAI). Cette décision aura un impact global quasi nul.
  • L’IA est utilisée pour la modélisation climatique, l’optimisation énergétique, la découverte de nouveaux matériaux pour la transition écologique ou l’agriculture de précision. Votre pays perd un levier clé pour le climat.
  • L’usage ne disparaît pas. Il se déplace vers d’autres pays ou acteurs moins régulés. Cela laisse le monopole de la puissance de calcul et de la connaissance automatisée à quelques acteurs hégémoniques.

Optimiser plutôt que renoncer…

L’heure de la sagesse digitale a sonné ! Plutôt que renoncer sous l’impulsion de l’émotion et d’une indignation à géométrie variable, nous pourrions encadrer l’IA en privilégiant les usages à forte valeur et en interdisant les usages gadget ; optimiser l’IA en choisissant des modèles sobres parce qu’ils privilégient des infrastructures bas carbone et économes en eau ; encourager l’usage de l’IA pour la réduction de votre empreinte dans vos chaînes d’approvisionnement, votre consommation énergétique, etc.

Renoncer à l’IA revient à refuser un outil puissant au motif qu’il consomme… alors même qu’il peut vous aider à consommer moins. L’enjeu n’est pas le choix entre accepter ou renoncer, mais comment nous utilisons l’IA. Le véritable défi RSE est une IA raisonnée (encadrer, optimiser, encourager) plutôt qu’un renoncement.

Si votre organisation est socialement utile, vos prompts pour mieux décider, mieux manager et mieux agir sont socialement utiles. Si vos prompts sont utilisés pour trouver une recette de cuisine, pour connaître la météo du lendemain alors qu’une requête sur Google ou sur un site spécialisé donne la même réponse, votre prompt n’est pas socialement utile. Choisissez le mode Rapide ou Raisonnement selon la complexité de votre requête.

Le défi n’est pas l’abandon de l’IA, mais l’exigence de sobriété et d’usage socialement utile, tout comme pour nos déplacements. Nous devrions laisser du temps aux acteurs de l’IA pour réduire leur empreinte écologique, comme nous le faisons pour d’autres industries (voitures) parce que l’IA est une clé pour relever les défis du futur et non un problème pour notre futur, à condition d’avoir des usages socialement utiles.

DERNIER ARRIVÉ, PREMIER À DISPARAÎTRE N’EST PAS UN RAISONNEMENT, MAIS UNE ÉMOTION : LA PEUR DE CE QUI EST NOUVEAU…

Pour aller plus loin sur ce sujet : Architecte de l’intelligence artificielle.


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AVIS DE NAISSANCE IMMINENTE

Je profite de cet article pour vous annoncer le lancement en novembre d’un nouveau blog qui sera composé de courtes vidéos sur le thème de l’intelligence artificielle et de l’intelligence collective : Les minutes du décideur éclairé. Certains lecteurs m’ont demandé des livres audio, ce sera encore mieux !

Le site est toujours en construction, abonnez-vous pour recevoir les premières vidéos : https://olivierzara.com/abonnement/

Author: Olivier Zara

https://www.linkedin.com/in/olivierzara/

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